« Un seul être vous manque et tout est dépeuplé »

Ce très célèbre vers de Lamartine est parfait pour commencer ce billet …

Je ne sais pas trop par où le commencer cet article tellement il y a de choses que j’aimerais crier …

Je ne sais pas trop non plus comment le tourner … avec ma tristesse, ma peine ou encore ma colère, mon incompréhension, ma rage, ma révolte …. envers cette vie … oui cette vie pas toujours facile et parfois même tellement difficile ….

Alors je vais l’écrire comme ça, comme ça vient, sans le relire, sans le retoucher avant de le publier, car c’est comme ça qu’il sera le plus vrai…. tout simplement…

Te souviens tu de ton adolescence …. le début de celle ci ? Ce moment où il y a tellement de changements en toi, autour de toi que tu te demandes parfois qui tu es vraiment et que tu es souvent paniquée, triste, pas toujours bien dans tes baskets …..

Ce moment où des parents sont tellement indispensables et d’un grand secours, surtout une maman pour les filles…. pour celles qui ont la chance de l’avoir encore à ce moment là … car oui parfois la vie est si moche, si atroce, si horrible qu’un matin, alors que tu viens d’avoir 15 ans, tu te réveilles et quelques heures plus tard tu apprends que tu n’as plus de maman …. Quelques heures avant elle était encore là, dans la voiture avec toi, direction les vacances, le soleil, de bons moments … puis elle part chez le médecin pour ne plus jamais revenir …..

On est le 15 juillet 2000

C’est exactement à ce moment là que ton monde s’écroule… tu ne sais plus qui tu es, ni ce que tu fais là, tu pleures mais tu n’es plus dans ce corps, pleins de questions arrivent, tu crois être dans un cauchemar et tu espère te réveiller très vite…

Tu es tellement encore nouille à cet âge et si assommée par la nouvelle que ta tante vient de t’annoncer que tu ne sais plus rien, ton cerveau n’est plus là et tu vis tout d’une manière étrange… tu vois tout le monde pleurer mais tu n’entends plus rien, tu regardes la scène comme absente, tout en pleurant … et tu en oublies que dans le lot de la fratrie, tu es la plus âgée et que tu devrais aller vers ta soeur et ton frère mais tu ne peux pas, tu es paralysée … tu les vois là, ta soeur blottie contre toi, ton petit frère encore si petit couché par terre à pleurer, qui certainement ne comprend pas encore vraiment ce qui se passe mais qui a compris une chose … qu’il ne reverrait plus sa maman chérie .. du haut de ses 9 ans …. Mais non tu les vois, tu les regardes, tu en souffre mais ton rôle de grande soeur à ce moment là n’a plus de sens… tu te laisses aller ….

Tu regardes cette foule de personnes du camping qui viennent voir ce qui se passe …. comme des vautours…

Le temps semble s’être arreté…. Les minutes sont des heures….

Puis tu vois des medecins qui arrivent, des medecins du camping.. ils esperent te poser des questions mais c est peine perdue … tu ne sais pas repondre, tu ne peux pas repondre … tu penses qu’à deux choses en ce moment … est ce vraiment vrai ? je ne verrai plus jamais maman ? ET Papa il est ou ? il est tout seul la bas le pauvre ….

Ces même medecins comprennent que tu vas vraiment mal, voient que tu as la tête qui tourne, que tu n’es plus vraiment là, que tu les entends en sons sourds et là ils essaient de te faire asseoir : impossible, ils essaient de te calmer, tu cries de plus belle, et puis ils essaient de te faire avaler des pilules que tu recraches …..

C’est à ce même moment que les responsables tu camping arrivent et annoncent qu’un taxi arrive pour nous amener la bas .. las bas … je ne sais pas ou … mais à ce moment tu cours dans la caravane et ton premier réflexe avec ta petite soeur c est de t habiller pour partir .. mais ce n’est pas ta valise que tu ouvres .. mais celle de ta mere …. et tu enfiles n importe quoi mais quelque chose qui lui appartient…. oui qui lui appartient et non qui lui appartenait… car a ce moment la tu n y crois pas, ils se trompent, c est un mal entendu …

Et en quelques minutes te voila dans le taxi…. un silence qui fait peur…. personne parle… juste des sanglots ….

Le trajet est interminable…. je ne sais pas combien de kilometres ni combien de temps on a mis mais c etait interminable …

Enfin on arrive, sous une chaleur atroce, on descend, je regarde tout autour de moi et enfin je le vois … mon papa, mon héros qui court vers nous comme un fou et qui nous sert dans ses bras… il a du nous attendre longtemps aussi,lui tout seul…..

Et puis on rentre, on pleure, on tremble, on sent plus ses jambes et on voit les medecins et mon papa qui « se disputent » un ptit peu …

Pourquoi ? il est question de maman… Papa veut nous faire entrer pour qu’on la voit une derniere fois, qu’on lui dise aurevoir, qu’on se rende compte qu’elle n’est plus… mais pour le corps médical, c’est hors de question…. Nous sommes trop jeunes, c’est pas la peine….

Sur le coup tu te demandes toi si tu as vraiment envie de voir ça… Et tu te poses un tas de questions…. Comment est elle ? je vais peut etre avoir peur ? est ce cette image que je veux garder ? ne va t elle pas me hanter cette image la ? et puis tu dis tout haut : Laisse c est pas la peine on va attendre là c est pas grave…. en fait tu n’as pas vraiment envie d’aller voir ça, de peur de ce que tu pourrais voir…. Ca c’est à ce moment là… car après tu le regrettes …

Enfin tu attends là de longs moments…. Un membre de la famille essaie de parler avec toi de voir comment tu vas mais tu ne reponds pas, tu n’es toujours pas tout à fait là….

Et puis papa revient, et tu repars au camping … le soleil est parti…. c est le soir, il pleut +++ on est tous serrés dans le haut vent de la caravane.. on entend la pluie, on parle peu … pour une fois qu on etait parti a plusieurs ….

Les coups de file fusent de tous les cotés, entre la famille restée la bas, les arrangements pour un rapatriement et tout et tout …

Et le lendemain, tu es dans un avion, premiere fois de ta vie que tu prends l’avion mais tu ne le savoure pas …. crois moi

Tu pleures encore et encore… et enfin tu arrives a ta maison … laissée quelques jours plus tôt pour un sejour qui devait etre magique et qui a tourné au cauchemar…. et toute la famille est là… que c’est difficile de sentir tous ces regards sur toi, tout le monde qui t’attrape, tout le monde qui te parle mais tu n’entends rien…

Puis tu as aussi les paroles a deux balles qu’on te sort et qui servent à rien à part à te faire plus de mal… « Maintenant c est toi la plus grande c est toi la femme de la maison faudra ci faudra ca et blablablabla ……

Et là avec ta cousine ton cousin ta soeur et ton frere tu trouves deux secondes pour t’échapper et tu sors de cette maison… tu vas avec eux jusque chez eux qui n’est pas loin du tout, juste pour aller chercher quelque chose avec eux… et lorsque tu veux repartir tu vois ton papa arrivé en courses de fou et vous prendre dans les bras en disant qu’on ne doit plus jamais partir … tu comprends que la vie ne sera jamais plus pareille….

Quelques jours passent et vient le jour des funérailles…. encore un jour atroce où tu n’es pas dans ce corps…. tu vis tout de loin, tu es là mais tu n’es pas là non plus…..

Une journée longue, lourde, fatigante… tu vois pleins de gens venir te serrer te dire un mot et tu sais même pas qui ils sont….

Le discours de ton papa à l’église était magnifique mais si triste….

Les jours d’apres sont flous et au ralenti, toujours du monde à la maison … tu planes un peu… tu es encore assommée mais tu es là…. tu ne sais pas trop quoi dire quoi faire comment réagir…

Et puis les jours passent, les semaines, les mois, les fêtes…. et le goût de la vie n’est plus pareille….

Tu grandis dans l’ombre de cette maman géniale qui était tout pour toi, qui faisait tout pour toi… les souvenirs deviennent difficiles a venir, une chance qu’il y a les photos… Tu regrettes cette vie passée qui te manque tant… mais tu grandis et vient le jour ou tu dois faire TA vie….

Et là, une fois que tu te rends compte que l’homme avec toi est l’homme de ta vie… la tu te dis qu’il ne faut pas trainer à avoir des enfants… juste au cas ou toi aussi tu partirais si tôt, à 36 ans… les laissant seuls …. au moins tu aurais vécu quelque chose avec eux et profité a fond ! Alors on en parle et c est décidé à 18 ans je serai enceinte et à 18 ans … tu es enceinte…. tu finis ta derniere annee enceinte de 5 mois (ce qui te vaut pas mal de ramrques mais tu t en fiche)…. et en novembre 2004, à 19 ans, tu deviens maman à ton tour… et la vie reprend un peu de son sens … mais c’est à ce moment aussi, pendant la grossesse déjà que putain qu’est ce qu elle te manque ta maman….

Et toujours les mêmes questions, pourquoi elle est partie, pourquoi elle, pourquoi si vite, comment … oui comment… car du haut de tes 15ans tu n’as jamais compris ce qui c’était passé, pourquoi du jour au lendemain elle est partie alors qu’elle petait la forme….

Mais ces questions là tu te les gardes… personne n’en parle alors tu n’en parle à personne et tu restes avec tes questions…. et quand tu grandis tu cherches un peu pour en savoir un peu plus …

Aujourd hui 13 ans apres …. (ce putain de chiffre 13 nous suit depuis ce moment de merde) c est toujours pareils, le vide est là, le manque, c est toujours aussi dur…. le temps n’abrège pas les souffrance oh que non, on apprend juste a vivre avec cette douleur et des jours ca va des jours ca va pas…..

Et il y aura toujours des putains de dates que tu ne vivras plus jamais de la meme facon… et qui te feront souffrir… comme son anniversaire, son deces, son enterrement, ton anniversaires, les fetes, tes grossesses, tes accouchements, tes enfants etc etc etc

Mais il faut continuer à vivre, à sourire, et même si ce n’est pas toujours facile, tu le fais car au fond de toi, tu sais que c’est ce qu’elle voudrait et tu espère très fort que, vraiment, de la haut, elle te voit, te regarde et … sourit car elle est fiere de toi, fiere de ce que tu es devenue ……

RIP maman d’amour que je n’oublierai jamais …..

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