Maman, tu m’as manqué dans chaque moment important
Il y a des dates qui ne passent pas vraiment.
Le 15 juillet est une de celles-là. Chaque année elle revient, et chaque année je me retrouve à faire le même calcul... combien d’années maintenant. Cette fois c’est 26. 26 putain !
26 ans que tu n’es plus là. 26 ans que je vis des choses que tu n’as pas vues. Que je traverse des épreuves sans toi. Que je cherche parfois ta voix dans ma tête pour savoir ce que tu aurais dit. Que je cherche à me souvenir de ta voix, de ton odeur.
Cette année j’avais besoin de t’écrire. Pas pour faire le deuil, je crois qu’on ne fait jamais vraiment le deuil d’une mère. Juste pour te dire ce que j’aurais voulu que tu saches.
Maman.
26 ans.
Je ne sais pas encore comment on fait avec ça. Avec cette absence qui prend des formes différentes selon les jours, les mois, les années. Qui fait moins mal certains jours et qui revient te couper en deux les autres.
Aujourd’hui elle revient me couper en deux.
Parce qu’il s’est passé tellement de choses. Des choses que j’aurais tellement voulu te raconter. Des choses pour lesquelles j’aurais eu besoin de toi.
J’aurais eu besoin que tu me dises que j’avais le droit de partir. De quitter une vie qui m’étouffait. De me choisir moi pour une fois. J’aurais eu besoin de t’entendre dire que c’était le bon choix… même dans les mois où je n’en étais plus si sûre, même quand d’autres me disaient le contraire, même quand certains ont choisi de me tourner le dos.
J’aurais eu besoin que tu rencontres Elsie.
Que tu la voies. Que tu comprennes ce qu’elle a fait pour moi. Comment elle m’a vue quand je ne savais plus me voir moi-même. Comment elle m’a aidée à redevenir moi, ou peut-être à le devenir pour la première fois.
J’aurais voulu que tu me dises que c’est pas grave. Que j’aime une femme. Que tu m’aimes pareil. Que tu es fière de moi.
On s’est mariées, maman. Un mariage surprise.
Tu n’étais pas là. Et cette absence-là… elle avait un goût particulier. C’était très dur.
J’aurais voulu te voir rire avec mes enfants. Les entendre t’appeler mamou (ou tout autre surnom que tu aurais choisi). Te voir les regarder grandir. Leur raconter des trucs sur moi que j’aurais préféré que tu gardes pour toi.
J’aurais voulu que tu sois là maintenant, avec mon genou en carton, mon opération, ma fatigue de tout porter. Que tu prennes de mes nouvelles. Que tu me serres dans tes bras et que tu me dises que ça va aller. Que tu m’aides à lacher prise et que tu m’apprennes à me laisser porter.
Tu me manques dans les grands moments. Tu me manques dans les petits aussi. Tu me manques dans les moments ordinaires où j’aurais juste eu besoin d’entendre ta voix. De me retrouver dans tes bras.
26 ans.
Je ne sais toujours pas comment on fait avec ça.
Mais je suis là. Je me suis reconstruite. Je me suis choisie.
Je crois que tu aurais aimé la femme que je suis devenue.
J’espère que oui.
Je t’aime maman
Je ne sais pas si ces mots arriveront quelque part.
Mais les écrire… ça fait du bien. Ça fait exister ce que j’aurais voulu lui dire. Ça donne une forme à cette absence qui prend tellement de place sans qu’on puisse la toucher. Ca la fait continuer d’exister… un minimum.
